Marilyn Monroe :: Croire en son étoile

Ce soir, nous avons comme invitée l'archétype par excellence de la star hollywoodienne, continuant d'inspirer les jeunes talents et à faire rêver les puristes d'une génération n'ayant pas eu la chance de la côtoyer. La diva est facilement reconnaissable à sa chevelure blonde, son grain de beauté, mais surtout sa mythique robe innocemment victime d'une bouche de métro. Mannequin, actrice, chanteuse et sex-symbol, mesdames et messieurs, acclamons l’immortelle Marilyn Monroe!



Mes chéris, merci infiniment pour cet accueil plus que chaleureux, vous êtes mille fois plus sublimes que moi, malgré le fait que j’ai passé tout l’après-midi à me faire belle pour vous plaire. On m’a fait savoir que mon intervention de ce soir doit tenir en cinq minutes chrono, c’est ce que je vais donc m’efforcer de respecter, même si je me sens tellement attirée par ces projecteurs que je resterais volontiers jusqu’à ce qu’ils s’éteignent par épuisement.

Alors tout d’abord, je vais vous parler de mon meilleur souvenir, et que vous connaissez déjà sûrement : ce fut en février 1954 lorsque j’ai fui mon voyage de noces au Japon pour faire une tournée de motivation des troupes en Corée. Le sommet de ma vie fut de chanter là-bas pour les soldats. J'étais sur une scène en plein air. Il faisait froid, mais je vous jure que je ne m'étais jamais sentie aussi bien. Pour la première fois de ma vie, j'avais le sentiment d'appartenir à une communauté, et que les gens qui me regardaient, m'aimaient et m'acceptaient... Pour la première fois, je me suis sentie une star de cinéma. Jamais, auparavant, je ne m'étais sentie une star en moi-même. C'était terrible: partout où je baissais les yeux, je voyais un type qui me souriait. Et donc, debout sous la neige, face aux soldats, j'ai senti pour la première fois de ma vie que je n'avais peur de rien. J'étais heureuse. Mon charme faisait des ravages auprès de ces milliers de militaires au point que des émeutes ont surgi, obligeant mes gardes de corps à m'extraire de la scène et à m'évacuer en hélicoptère sur le champ.

Mais cela n’a pas toujours été ainsi.

Ce n’est pas pour me plaindre mais je suis née d'un père officiellement inconnu et d’une mère souffrant de graves troubles psychiatriques donc incapable de correctement m’élever. Une semaine après ma naissance, j’ai commencé à collectionner les familles d'accueil et j’ai même passé deux années de ma vie dans un orphelinat, jusqu'à mes seize ans, âge à laquelle j’ai arrêté mes études pour me marier. J'ai été élevée différemment d'un américain moyen. N'importe quel enfant n'a qu'une préoccupation : être heureux. Il recherche le bonheur. Mais moi, je n'ai jamais considéré que le bonheur allait de soi. Et donc je me suis mariée avec cet illustre inconnu du nom de Jimmy Dougherty pour éviter de retourner à l’orphelinat. Un mariage arrangé, osons le dire.

Quand mon mari s'est engagé dans les marines, je me suis fait recruter pour du travail à la chaîne dans une usine où je me suis fait remarquer par un photographe qui m’a alors lancée en tant que mannequin, jusqu'à faire la couverture du magazine Frank en 1945. Je me suis dit : mais que se passe-t-il? Le monde entier était devenu aimable et s'était ouvert à moi. J'ignorais l'importance qu'un pull pouvait avoir, mais j'ai commencé à prendre conscience de cela parce que je ne pouvais pas m'en payer un. A ma manière, j’ai alors participé à la guerre et mes premiers clichés ont servi à illustrer l'implication de la femme en cette période difficile. J’étais ce qu’on appelle aujourd’hui une starlette : quelqu’un qui avait du potentiel mais qui n’était pas encore au sommet de sa carrière.

Poursuivant sur cette lancée, je me suis inscrite dans une agence de mannequinat, puis je me suis métamorphosée en cette séduisante blonde pour "plus de piquant" d'après les conseils de mon agence. Je ne pouvais plus être une femme au foyer car j’avais trop d’imaginations pour ça… J’ai donc divorcé d'avec mon mari qui ne supportait plus que mes photos circulent parmi les soldats. C’est là que j’ai vraiment pu me donner les moyens de réussir en prenant des cours de théâtre et en m'efforçant d'incarner une image que je ne suis pas mais qui fait fantasmer. Finalement, j’ai décroché mon premier petit contrat avec 20th Century Fox sous le pseudonyme de Marilyn Monroe.

Alors pour reprendre la thématique de ce sommet, je dois bien sûr – entre guillemets –  révéler les ingrédients de mon succès. Tout d’abord, il y avait le mindset (NdT : état d’esprit) : je ne voulais pas seulement être riche, je voulais être merveilleuse. Et merveilleuse pour moi signifiait en premier lieu que je devais incarner les canons de beauté de mon époque, mais cela ne suffisait pas, il fallait aussi en second lieu que je magnifie cette superficialité au point de devenir moi-même insaisissable. Il y avait un nombre incalculable de jolies filles à Hollywood, elles étaient comme du sucre, j’ai donc dû m’évaporer en cotton candy (NdT : barbe à papa) pour faire la différence. Ce mindset était l’étoile du matin et du soir, qui m’a guidée tout au long du parcours, c’était l’essence qui faisait tourner mon moteur. Et lorsque vous donnez le meilleur de vous-même pour atteindre votre étoile qui brille là-haut, lorsque cette étoile devient l'unique phare qui vous guide, lorsque vous êtes prêt à tout pour vous conformer à ses exigences, lorsque son feu ne cesse de vous brûler de l’intérieur… la chance viendra à vous pour vous mettre en contact avec les bonnes personnes au bon moment. Les feux des projecteurs et les paillettes, les tournées dans les plus grandes villes de ce monde, les hôtels cinq étoiles avec leurs services en or, les bijoux ornés de best girl’s friends, le champagne pétillant à volonté… Hey darling, tout cela résulte d’un mindset suffisamment entretenu pour se frayer un chemin !

C’est vrai qu’on m’a beaucoup critiquée pour mon soit-disant manque de professionnalisme, en particulier l’absence de talent pour chanter, et il paraîtrait même que je n’étais pas une bonne comédienne. Mais toute ma vie était une comédie ! Et comme je l’ai dit à un ami proche : « Stanley, un jour je leur montrerai à ces fils de pute que je sais jouer la comédie ! » Sauf que les talents de comédienne ne suffisent pas pour faire d’une femme une star. Si toutes les jolies filles et excellentes comédiennes d’Hollywood ont fait des pieds et des mains pour convaincre les rares big boss du show-biz, c’est-à-dire les producteurs, moi je me suis mise à séduire les quatre-ving-dix employés du service de presse et de publicité des studios pour qu’ils fassent de moi la matière à ragots des paparazzis. Alors c’est qui qui maîtrise la comédie, hein ?

Après, c'est vrai aussi qu'avant de devenir la coqueluche d’Hollywood, j'ai été exposée au diktat des standards de beauté de mon époque... à l'instar de la plupart des victimes du show-biz d’aujourd’hui. Mais que voulez-vous, le personnage idéal n'est pas forcément naturel, et l’un de mes plus grands mérites réside sûrement dans mon acharnement à sculpter puis à incarner ce personnage qui a du succès. On dit que je me suis fait affiner le nez en retirant du cartilage, que je me suis fait poser un implant au menton, que je me suis fait blanchir les dents, que j'ai subi l'épilation à l'électrolyse, que j'ai eu recours à la soude caustique pour le raidissement de mes boucles, que j'ai inventé ce grain de beauté au visage, que je me suis entraînée des heures durant devant un miroir pour inventer ce sourire, que j'ai choisi de décolorer mes cheveux châtains pour tenter cinquante nuances de blonde durant huit mois, avant d'aboutir à l'actuelle blonde platine qu'on me connaît désormais... J'ajouterais volontiers que je m'efforce de garder cette taille 42 qui n'est pourtant pas ma préférée, et que je passe 5h à me maquiller avant toute apparition publique. Non mais rendez-vous compte : five fucking hours ! Désolée pour les mineurs, non il n’y a pas de mineurs dans la salle. Tenez, puisque nous en sommes aux aveux, permettez que je vous montre cette photo que je garde sur moi pour me souvenir du chemin parcouru :



Pour clore mon intervention puisque j’ai largement dépassé le temps qui m’est imparti, je vais répondre directement à votre question pour ce qui est des ingrédients de ma réussite : my little shining star, le relooking extérieur qui masquait ma fragilité intérieure, et la chance qui en a découlé. Chers tous, je tire ma révérence en vous souhaitant une agréable soirée, merci de m’avoir redonné la voix après Something’s gotta give. Bye bye baby, I'll be in my room alone…