Jeanne d'Arc :: Quel est ton combat?

Messire du futur, tout d’abord, veuillez m’excuser de vous envoyer une lettre plutôt que d’assister en personne à votre « sommet motivationnel », comme vous le nommez. Je vous remercie aussi de m’avoir invitée d’autant plus que je ne me considère pas vraiment comme digne de figurer dans votre auguste liste des grands noms de l’histoire. Ensuite, détrompez-vous car c’est avec l’étendard de guerrière et non l’auréole de sainte mystique, que je me présente à vous à travers mon courageux héraut, pour répondre brièvement à la question qui vous taraude. En effet, comme vous le dites si bien : comment une simple paysanne comme moi a-t-elle pu conduire des armées pour libérer la France du joug des anglais, alors que tout semblait perdu d’avance, et que même le dauphin n’y croyait plus ?


Sachez messire, qu’une telle ambition n’a jamais traversé mon esprit ni du temps où je gardais les troupeaux de mon père, encore moins lorsque je filais la laine de nos habits, et surtout pas quand je préparais le mets pour le repas familial. Mais ayant sûrement constaté ma ferveur en matière de culte, le Bon Dieu – que je sers en premier – en a voulu ainsi que par l’entremise de Saint Michel, de Sainte Marguerite et de Sainte Catherine, il me convainquit de la nécessité que je mène ce combat. Vous en avez sans nul doute ouï dire que de mon temps, il était fort risqué de faire part de toute expérience surnaturelle à son entourage, au risque de périr sur le bûcher, pour motif de blasphème à l’endroit du Tout-Puissant. Mais les voix que j’entendais provenir de l’invisible m’ont fait réaliser qu’être mère de famille n’était point le but de ma vie, que j’étais destinée à lever une armée pour marcher sur nos terres, et que la couronne de France n’attendait que moi pour être rétablie. J’ai alors dû passer par une période critique de choix, se portant sur ce que je ferais de ma vie : suivre ma voie toute tracée de paysanne qui me garantissait une certaine sécurité, ou basculer dans l’environnement tumultueux des militaires pour accomplir ma raison de vivre. C’est grâce à cette introspection que j’ai eu la détermination nécessaire pour aller voir le dauphin à Chinon, briser le siège anglais d’Orléans, et sacrer le roi Charles VII à Reims.

Alors messire, si j’ai un message à délivrer à vos lecteurs, il se résume en quatre mots : quel est ton combat ? C’est après avoir sérieusement répondu à cette question qu’il est possible de transformer une vie de paysanne en celle d’une chef de guerre, car la plupart des gens se contentent d’une vie médiocre calquée sur celle du plus grand nombre, au point d’oublier qu’ils ont un rôle à jouer. Quel est ton combat ? C’est aussi faire le choix de se concentrer sur l’essentiel au lieu de se perdre dans la forêt des distractions que le monde a à nous offrir. Quel est ton combat ? C’est éviter de perdre son précieux temps à reproduire des schémas ordinaires qui n’ont aucune finalité, pour mener la guerre extraordinaire pour laquelle on est venu sur Terre.

Sur ce, permettez messire que je tire ma révérence en souhaitant à vos lecteurs qu’ils sachent identifier le bon combat qui vaille la peine de se battre pour.


Jehanne la pucelle.