Dieu :: Tu n’étais pas une erreur

Mon enfant, j'ai fait de toi une créature parfaite, réplique exacte de ce que je suis. Tel un architecte, j'ai commencé à imaginer ton existence depuis la nuit des temps avant la création de l'espace. J'ai veillé des milliards d'années à tracer ma vision parfaite de toi. J'ai précisé les rouages de ton mécanisme, j'ai visualisé les contours de ta forme, j'ai corrigé chaque infime détail. Tu n’es pas quelqu’un d’ordinaire car tu es destiné à réaliser l’image parfaite que j’ai de toi. J'ai contemplé cette image parfaite assez longtemps pour l'imprimer sur l'espace et y faire couler la substance qui allait te donner forme. J'ai éliminé de mon esprit toute autre pensée intruse afin de garder la pureté de ma vision. J'ai persisté dans ma démonstration de foi jusqu'au moment où l'occasion propice à ton apparition est venue.



J'étais ce rayon de joie à la première rencontre de tes parents, j'étais cette étincelle née de leur premier baiser, j'étais ce feu de désir dans leurs nuits d'amour, j'étais là avec toi dans le ventre de ta mère, et j’étais la main qui t’a sorti de là pour te présenter au monde comme étant le chef d'œuvre de ma vie : un système biologique, psychologique et spirituel d'une complexité mathématique vertigineuse, une créature à la beauté parfaite. Je t'ai souri au moment de ton premier cri, je t'ai encouragé à faire tes premiers pas, et j'ai délié ta langue pour en extraire tes premiers mots. Tu n'étais pas une erreur car depuis le début, j’étais là.

Je suis ton créateur et je te connais personnellement. Des milliards d'âmes m'adressent chaque jour leurs prières mais je sais reconnaître ta voix. Je connais ton nom et ton adresse, je connais tes goûts et tes habitudes, je connais tes joies et tes peines, je connais ton passé et ton futur, je connais ton origine et ta destinée, je connais tes rêves et tes aspirations. Même les cheveux de ta tête sont comptés car notre intimité est sans égale, au point que je vis au rythme des battements de ton cœur. Tu es un enfant désiré et reconnu, celui dont je suis fier : je profite de la moindre occasion pour proclamer à tous que je suis ton père et que tu es mon héritier, je te présente au monde comme mon plus grand accomplissement, je me réjouis à chacun de tes sourires et j'attends tes signes vers moi comme l'amoureux attend les messages de l'élue de son cœur. Par cette filiation, tu me ressembles en essence et dans la forme. Par cette filiation, tu possèdes tout ce que j'ai et tu en disposes comme bon te semble. Et par cette filiation, je fais de toi l'enfant-roi, dictant mes lois à tout l’univers, et transcendant celles-ci si nécessaire.

La destinée des gens ordinaires est inscrite dans les étoiles, la tienne est gravée dans ton cœur, là où j’habite. Tu n'as donc rien à craindre car mon plan pour ton avenir est rempli d'espérance, je sais mieux que quiconque ce qui serait parfait pour toi, et si jamais le monde te ferme une petite fenêtre, sois sûr que je t'ouvrirai une grande porte. J'ai un plan parfait pour toi, quelque chose qui dépasse ton imagination actuelle, une histoire où tu seras le héros. Dans ce plan parfait, tu règnes avec moi sur la matière et les énergies : tu commandes aux vents et marées, l'air te soulève pour t'emmener partout où tu voudras, le soleil suspend sa course pour admirer ta victoire, l’herbe fleurit sous tes pas, les arbres s'inclinent en signe de révérence, les fauves dorment en confiance à tes côtés, et les hommes guérissent par ta seule présence. Je suis Celui devant Qui fléchit tout genou dans le Ciel et sur la Terre. Par ce Nom, tu avanceras dans le désert intérieur de ta quête : je séparerai la mer en deux pour te laisser passer, je ferai pleuvoir la manne pour apaiser ta faim, je ferai naître du désert une source d’eau vive pour étancher ta soif, je détruirai les murs qui se dressent devant toi, et je te ressusciterai d'entre les morts s'il le faut. Je suis capable de faire plus pour toi que tu ne pourrais probablement l’imaginer.

Mon enfant, il a été dit que « tu montes sur la scène du monde pour chanter ta chanson et non pour interpréter un refrain célèbre ». Cette grande scène universelle, tu n’auras peut-être l’occasion d’y apparaître qu’une seule fois, alors ne gaspille pas cette opportunité en réalisant les schémas de vie ordinaire des autres au détriment de tes rêves originaux. Peut-être as-tu peur d’être différent, mais lorsque tu auras exprimé cette différence, tu seras plus satisfait que si tu avais joué la carte de la conformité. Alors que tu es dans cette sorte de béatitude, en pleine contemplation de ton rêve singulier, certains te diront peut-être : « c’est impossible », croyant par-là te rendre service en t’épargnant de vains efforts qui ne sauraient se couronner que par un monumental échec. « C’est impossible » disent-ils. Mais est-il possible de greffer le cœur d’un homme sur celui d’un autre pour que ce dernier survive ? Est-il possible de marcher sur une Lune située là-haut dans le ciel ? Est-il possible de discuter en face-à-face et en temps réel avec quelqu’un à l’autre bout du monde ? Toutes ces choses, bien qu’impossibles, je les ai permises parce que leurs initiateurs croyaient en un rêve singulier.

Je t’attends au bout du chemin. Je t’attends quelque part au fond de toi-même. Je t’attends depuis la nuit des temps dans un lieu vide où brûle un feu éternel. Je t’attends depuis une éternité dans le Saint des Saints, ce lieu sacré inviolable où seul le Saint en toi – et personne d’autre – peut rencontrer le Saint que je suis. Je t’attends depuis toujours dans ce temple secret au plus profond de ton cœur, là où je siège. Tu dois quitter la terre de tes ancêtres et arriver par toi-même à ce lieu avant que ma promesse ne se réalise en toi. Ne manque pas ce rendez-vous, pour rien au monde : j’ai fixé le lieu, à toi de décider de l’heure. Viendras-tu ?


Fais un pas vers moi, j’en ferai dix vers toi.